Interview de Véronique TADJO par les élèves du club BD

, par  A. PERY , popularité : 11%

Interview de Véronique TADJO par les élèves du club BD

Le 10 juin 2013

Lors de son intervention au collège PLAISANCE de Créteil

1. Avez-vous toujours rêvé d’être écrivain ? Enzo

Non, pas vraiment. J’ai d’abord pensé à être photographe et même peintre, mais c’est l’écriture qui a pris le dessus. J’écrivais des poèmes qui ont été rassemblés et envoyés pour un prix littéraire que j’ai gagné : le prix de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (1983).

2. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir auteur ? Amine

Je suis incapable de dire pourquoi je suis devenue écrivaine, j’ai toujours écrit sans même me poser de questions. L’écriture m’a menée à la publication, c’est une décision que l’on prend quand on est publié.

3. A quel âge avez-vous commencé à écrire ? Emma

J’avais votre âge. Je lisais beaucoup de poésie et j’écrivais beaucoup de poésie. Mais j’ai été publiée beaucoup plus tard.

4. Quelles langues parlez-vous ? dans laquelle préférez-vous écrire ?

Je ne parle que deux langues : le français et l’anglais (qui est la langue dans laquelle j’ai fait mes études). Et puis, j’ai toujours vécu dans des pays anglophones. Hélas, je parle très mal l’agni, la langue de mon père. Et puis j’aurais aimé mieux parler l’espagnol qui est une très belle langue.

5. Avez-vous écrit ce livre dans d’autres langues ? Enzo

Non, je l’ai écrit directement en français et il a été traduit en allemand.

6. Avez-vous choisi la couverture du livre ? Théo

En général, ce sont les éditeurs qui choisissent la couverture et même le titre d’un livre. Celui-ci fait partie d’une collection « Ceux qui ont dit non ». Il a donc été fait dans le même format.

7. Combien de temps avez-vous mis à écrire ce livre ? Aurélie

C’est une bonne question : l’écriture, c’est souvent la réécriture… j’ai dû le réécrire trois à quatre fois avant de l’envoyer à l’éditeur. Mais vous savez, j’ai d’autres activités également. Je suis aussi enseignante à Johannesburg, je suis maman et j’ai un mari… cela ne fait pas beaucoup de temps qui reste pour l’écriture. Il m’est donc difficile de dire que j’ai écrit ce livre de telle date à telle date. Mais je peux estimer que ça m’a pris presque un an.

8. Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur Nelson Mandela ? Jérôme

J’ai été contactée par la directrice de la collection qui savait que je vivais en Afrique du Sud et que je connaissais bien ce pays. Elle m’a proposé d’écrire le livre et j’ai accepté.

9. Avez-vous rencontré Nelson Mandela ? Si oui comment ? Baptiste

Non, pas personnellement. Un jour, lors de l’un de ses anniversaires, j’ai été dans la même pièce que lui, mais je ne lui ai pas été présentée. Et c’est plutôt mieux car avec ce livre, j’ai essayé de percer le mystère de cet homme si engagé dans la lutte pour la liberté ; le mystère de son combat… Vous savez, en Afrique du Sud, il est tellement présent sur les écrans de télévision et dans les autres médias que, même sa voix, si particulière, semble familière.
Ne pas le connaître m’a poussée, paradoxalement, à suivre son cheminement et à essayer de me mettre dans sa tête.

10. Avez-vous rencontré sa famille ? Théo
Non plus. C’est la même chose pour Winnie Mandela (sa femme pendant la lutte anti-apartheid). Elle est très présente dans l’actualité de l’Afrique du Sud, mais je ne l’ai jamais rencontrée personnellement, ni même ses filles.

11. Quand vous avez contacté Nelson Mandela a-t-il accepté tout de suite que vous écriviez un livre sur lui ? Chrystale

Je ne lui ai pas demandé. Mais j’ai hésité à écrire ce livre car ce n’était pas mon histoire, mais celle des Sud-Africains. Cependant, son engagement a de l’importance pour le monde entier. Donc, écrire ce livre me permettait de faire connaître l’histoire de Mandela à des jeunes qui ne vivent pas dans son pays.

12. Comment avez-vous mené vos recherches sur Nelson Mandela ? Baptiste

J’ai beaucoup lu : son autobiographie, Un si long chemin vers la liberté, des biographies écrites par des historiens et tous les documents auxquels j’ai pu avoir accès, comme par exemple, des articles de presse. J’ai aussi lu des livres sur Winnie Mandela.

13. Avez-vous visité les lieux que vous évoquez dans le livre ? Surtout la prison de « Robben Island » ? Emma

Oui, j’ai visité la prison de Robben Island. D’ailleurs, c’est très beau : on prend une petite chaloupe et en moins d’une heure on arrive sur cette île. On en fait le tour et on peut aussi visiter la cellule de Mandela.
Ce qui m’a le plus émue, c’est le trajet de retour. En quittant l’île, et en voyant Le Cap en face, je me disais : « Voilà tout ce qu’il a dû abandonner quand il a été emprisonné. »
Par beau temps, on voit l’île de « Robben Island » depuis Le Cap. J’ai demandé à mes amis qui y vivent : « Mais ça ne vous faisait rien de savoir ce qui se passait sur cette île, de penser à cet homme qui y était emprisonné depuis si longtemps ? ». Ils m’ont répondu que beaucoup de choses n’étaient pas connues, car il y avait une énorme désinformation à propos de l’ANC et de sa lutte contre l’apartheid. Les médias n’en parlaient pas. Oui, ce n’était pas du tout la démocratie !

14. Quand et à quelle occasion êtes-vous allée en Afrique du Sud ? Jérôme

En 2001. Je suis arrivée là-bas quand mon mari qui est journaliste, a été nommé à Johannesburg pour l’agence Reuters. Il y a presque 12 ans de cela.

15. Qu’est-ce qui vous a poussé à rester y vivre ? Chrystale

C’est un pays magnifique. Il y a trois grandes villes très différentes qui ont chacune leurs caractéristiques : Johannesburg est la capitale économique, c’est la grande ville du pays. Il y a aussi Le Cap d’une grande beauté et Durban qui est un gros port et qui a une végétation et un climat proches de ceux de la Côte d’Ivoire. C’est là que je me plais le plus en Afrique du Sud. Et j’oubliais aussi la capitale politique : Pretoria !
C’est très stimulant de vivre dans un pays où l’histoire est aussi récente, avec des questions énormes à régler comme celles de la réconciliation, de la justice et de l’égalité sociale.

16. Etes-vous contente du résultat de votre livre ? Aurélie

C’est les lecteurs qui doivent le dire !

17. Avez-vous connu l’apartheid ? Amine
Non, quand la question s’est posée d’aller vivre en Afrique du Sud avant la fin de l’apartheid, nous en avons discuté mon mari et moi et finalement, nous avons refusé d’y aller. Nous n’avons décidé de nous installer là-bas que quand l’apartheid a été aboli.

18. Qu’a apporté la fin de l’apartheid en Afrique du Sud aux autres pays d’Afrique ? M. MARTINEZ

Les autres pays d’Afrique ont mis beaucoup de pression sur le gouvernement de l’Afrique du Sud à l’époque pour que l’apartheid soit aboli et que toute l’Afrique soit libérée ! Cette ouverture démocratique a entraîné un grand essor économique dans toute la région. Mais il reste encore beaucoup d’inégalités économiques et sociales.

19. Etes-vous satisfaite du bilan de Nelson Mandela ? A-t-il tout réussi selon vous ? Aurélie

Mandela n’est ni un saint, ni un superhéros, mais il a beaucoup donné : 27 ans de sa liberté, pour son pays ! L’Afrique du Sud n’est pas statique et le changement n’est pas seulement à attribuer à Nelson Mandela. Il y a eu des morts comme Steve Biko et d’autres prisonniers. Mandela à lui tout seul, n’incarne pas l’Afrique du Sud. Mais quand il va mourir, les Sud-Africains vont s’apercevoir qu’ils sont maintenant face à eux-mêmes. Ils devront aborder l’avenir sans toujours se référer à la lutte contre l’apartheid. C’est maintenant aux jeunes de prendre la relève.

20. Connaissez-vous les livres préférés, penseurs ou ouvrages de référence de Nelson Mandela ? A-t-il un rituel qui lui est propre pour lui apporter la paix ? M. MARTINEZ

Deux personnages importants l’ont influencé : Gandhi et Martin Luther King, mais il y a aussi le Dalaï Lama. Il a beaucoup lu quand il était en prison. Le but de la lutte de l’ANC est une société multiraciale et donc ouverte à toutes les origines et cultures pour réconcilier le monde.

D’autres élèves qui n’ont pas participé au club BD ont pu poser des questions supplémentaires :

Qu’est-ce que l’apartheid ?

C’est une idéologie basée sur un développement séparé des populations d’origines ethniques et culturelles différentes : les blancs d’un côté et les noirs de l’autre (majoritaires dans le pays). Il y a aussi les métis (coloured) qui ne sont pas seulement issus des relations entre noirs et afrikaners, mais aussi entre malais et bantous… et puis les Indiens ! Mais c’était les blancs qui avaient le pouvoir et qui ont fait des lois pour dominer les différentes races non blanches !
L’apartheid, c’est le racisme institutionnalisé, l’Etat en a fait un système très bien organisé, géré dans tous les détails de la vie quotidienne (les toilettes ou les bancs publics, réservés aux blancs). Un autre exemple : les noirs avaient le droit de travailler à Johannesburg, mais ils ne pouvaient pas y vivre. Ils venaient des townships (bidonvilles) et il leur fallait des laisser-passer pour entrer dans la ville.

Est-ce que vous aimeriez que vos enfants deviennent écrivains comme vous ?

Oui, mon fils aîné se met à la poésie !

Est-ce que vous avez déjà eu l’impression qu’être auteur c’est difficile ?

Ce n’est pas facile ! C’est énormément de travail. Pour être écrivain, il faut avoir une discipline intérieure. Je suis contente d’avoir choisi cette voie. Mais si je devais en choisir une autre, je peindrais davantage.

Quand trouvez-vous le temps d’écrire ? Vous avez le temps de voir vos amis ?

Quand on a une passion, on trouve le temps. Il faut que je donne un conseil à ceux qui veulent devenir écrivain : il faut bien choisir son mari ou sa femme ! Mes enfants aussi savent que j’ai besoin de temps pour m’adonner à l’écriture. La littérature m’a amené beaucoup d’amis et de voyages !

Quels sont vos voyages ?

Il y en a tellement : j’ai été en Corée, aux Etats-Unis, en Afrique, en Europe…

Quels sont vos autres ouvrages ? Combien d’histoires différentes avez-vous écrites ?
J’ai écrit cinq romans, de la poésie (deux recueils) et une dizaine d’albums pour la jeunesse. Tous sur des thèmes différents car j’ai toujours envie d’écrire des histoires différentes.
Mon nouveau roman parlera d’un personnage dont la vie se trouve au carrefour entre l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Ouest. Un peu comme moi.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

Dans la vie, mais c’est surtout beaucoup de travail d’enchaîner les idées.

La Côte d’Ivoire vous manque ?

Oui et j’y retourne le plus souvent possible. J’adore la cuisine et les plats traditionnels !

Qu’a représenté l’école dans votre parcours ? Et dans le parcours de Nelson Mandela ?

Nelson Mandela vient d’un milieu rural, privilégié socialement car proche de la chefferie, mais rural quand même. L’école l’a ouvert à un autre avenir. C’est au lycée qu’il a commencé à s’engager, à revendiquer ses droits. Il a reçu une éducation supérieure qui lui a ainsi permis d’assurer sa propre défense lors de son procès. Cela veut dire qu’il avait une grande confiance en ses capacités d’avocat !

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